A l’heure de la grande vague WEB 2.0, le paysage du Web Mondial et surtout français semble peu à peu se modifier pour devenir un grand conglomérat de groupe corporate plus que de sociétés indépendantes et innovatrices spécialisées.
En effet depuis quelques mois, l’effet « Croissance Externe » ou « Rachat de Chiffres D’affaires » semblent avoir pris le pas sur les notions de créations et d’innovations dans les groupes français ou internationaux.
Céderiez vous aux sirènes américaines ?
La montée en force de ce phénomène survient au moment de l’avènement technologique permettant au concept historique du WEB de renaître de ses cendres : LE WEB 2.0 ; Le monde a les yeux rivés sur Internet et sa nouvelle tendance : l’utilisateur au centre de toutes les attentions.
Ces fusions et rachats en cascade semblent donc liés à une nouvelle attirance du monde pour Internet mais aussi à une volonté d’augmenter son audience par la concentration de plusieurs métiers, contenus ou services.
Malheureusement plus que de se concentrer, nos net entreprises françaises se font avalés tout cru par des sociétés américaines aux dents longues.
Prenons deux exemples :
Rachat de Gamekult par CNET
Gamekult, deuxième portail français sur l’univers des jeux vidéo avec 1,1 millions de visiteurs uniques, vient d’être racheté par CNET Networks pour un montant non communiqué mais que l’on peut estimer au alentour de 8 millions d’euros (le groupe LDLC a indiqué avoir céder 49% de ses parts pour un montant de 3,9 millions d’euros).
Ce rachat est expliqué par les deux parties de la manière suivante :
« CNET Networks construit des marques media dédiées aux passionnés et nous sommes très heureux d'accueillir une nouvelle équipe enthousiaste et dynamique au sein de notre entreprise », déclare le CEO de CNET Networks.
« Cette intégration va nous permettre d'accélérer le développement du site tout en préservant ses équipes, sa singularité éditoriale et son esprit. Notre indépendance éditoriale est une de nos forces, et elle continuera à le rester» expliquent les créateurs de Gamekult.
La vente de Gamekult par ses fondateurs aurait donc été motivée pour accroître leur développement avec la volonté d’obtenir le leadership devant JeuxVideo.com ?
Voici une saine motivation mais n’y avait-il pas autre chose à faire que de céder sa société pour remplir cet objectif ?
En effet Gamekult grignote depuis quelques années des places à JeuxVideo.com grâce à sa réactivité et son dynamisme et aujourd’hui que lui manque-t-il ? Réponses : 700 000 visiteurs pour devenir au moins l’équivalent de son opposant.
Pour obtenir ces visiteurs, différentes stratégies auraient été possible:
Toutes ses solutions demandent effectivement de l’argent mais avec son positionnement il pouvait sûrement en obtenir auprès de banques, de capital risqueur ou des actionnaires.
Comment peut on donc expliquer cette vente ?
Une de ces raisons ou d’autres encore peuvent peut être expliquées cette vente mais je pense pas que ce soit celle invoquée par les fondateurs et si tel est le cas alors je suis déçu qu’il ait laissé à quelqu’un d’autre le soin de terminer un travail si bien commencé.
Rachat de Abritel par Home Aways :
Abritel, le numéro 1 du secteur locations de vacances en France, vient d’être vendu à HomeAway le leader mondial de la location vacance en ligne.
Le montant n’a pas été communiqué mais on peut estimer que la société américaine, après levé 160 millions de dollars, a mis le prix. En effet la société Abritel cumule 11 millions de visiteurs par an pour un chiffre d’affaire de 3 millions d’euros et un résultat net de 23,25%.
L’explication de ce rachat par les deux parties est :
"HomeAway regroupe les meilleurs sites de location de vacances et fait bénéficier de son expérience les vacanciers comme les propriétaires. Chaque site du groupe HomeAway est simple d'utilisation et propose un large choix de locations. Abritel partage cet engagement et accélère les efforts d'HomeAway pour faire évoluer les locations de vacances dans l'industrie du voyage" explique le Directeur Général de HomeAway en Europe.
"Depuis sa fondation en 2005, HomeAway est devenu le leader mondial des locations de vacances. Nous sommes fiers de fournir à nos clients l'accès à cette communauté de voyage en ligne. HomeAway permet à Abritel d'intégrer rapidement le marché européen en fournissant aux propriétaires la façon la plus rentable de louer leurs biens immobiliers auprès des voyageurs internationaux " souligne le fondateur et PDG d'Abritel.fr.
Le fondateur d’Abritel nous explique donc que pour pouvoir étendre son activité à l’Europe, il a pris la décision de vendre sa société à HomeAway. C’est une louable attention mais est ce bien la raison ?
En effet aujourd’hui, la société HomeAway a racheté aussi les leaders des plus gros marchés européens : Royaume-Uni et Allemagne. Il est donc fort probable que la marque Abritel ne s’européanise pas dans ces deux pays là car le leadership est déjà conquis par les rachats précédents. L’Italie ou l’Espagne alors ? Il est fort probable que HomeAway achète aussi les leaders de ces marchés pour aller plus vite.
Le seul point bénéfique pour Abritel sera sûrement de pouvoir indiquer à leurs clients la diffusion de leur annonce sur un média européen et plus seulement franco-français.
Par contre pour obtenir ce type de diffusion, devait-il se vendre ou plutôt lier des partenariats ?
En même temps comment jeter la pierre au fondateur d’Abritel ou de Gamekult car beaucoup d’entre nous ne refuserait sûrement pas un chèque à 6 zéros…
Mais ses 2 rachats imagent bien les propos de Pierre Chappaz, un des grands entreprenautes français, au salon LeWeb3 à Paris lors d’une interview pour NetEco.com. Lors de cette interview, Pierre Chappaz explique les différences entre les marchés américains et européens :
Ces propos amènent à la réflexion suivante :
Les sociétés américaines ont du mal à implanter leurs services en direct sur le marché européen, cela les oblige à racheter des sociétés pour percer un marché qu’il ne maîtrise pas.
Par conséquent si demain, des relais de croissance cohérents sont proposés dans les banques et capital risqueur alors peut être aurons nous la chance de voir nos sociétés détenir un leadership européen voir mondial, car nos entreprenautes ne se verront plus obligés de céder leur projet pour les voir grandir.
Par contre il faudra aussi tenir compte de l’expérience de la bulle de 2000 pour ne pas financer tout et n’importe quoi ! Mais si on regarde les 2 exemples plus haut, je pense que ces 2 sociétés auraient pu bénéficier d’un relais de croissance pour continuer leur progression en toute indépendance.
Je partage le désir de Pierre Chappaz de voir des leaders européens et surtout français car nous en sommes capable si nous y croyons car qui dit que Google serait arrivé là où il en est si il s’était laissé séduire par un rachat ?
Effectivement on peut se poser la question : Google serait-il ce qu’il est, si au début de son émergence, ses fondateurs avaient vendu leur bébé à un grand groupe ?
Pour ma part, je dirai « non pas forcément » car Google est aujourd’hui un extraterrestre dans l’univers des grands groupes avec ses méthodes de managements. Et je pense que c’est cela qui a fait la réussite de Google.
En effet cet état d’esprit libertaire a sûrement facilité la créativité des salariés et a donc permis l’émergence de tous les produits estampillés Google que l’on connaît. Chaque service Google est aujourd’hui en ligne avec plus ou moins de succès mais le résultat est là : 10 milliards de dollar de revenus en 2006 pour une marge de 3 milliards !!
Or encapsulé dans un groupe comme IBM, Apple ou Microsoft, je pense que les méthodes de management aurait été tout autre et les mêmes hommes et femmes n’auraient pas été aussi innovants et créatifs.
Les américains croient en la croissance externe pour s’agrandir, prenons l’exemple du petit devenu géant avec Google qui a avalé YouTube alors qu’il avait développé son propre service de vidéo. Mais la croissance externe n’est pas l’apanage des américains car aujourd’hui en France, certains groupes l’utilisent aussi mais pas toujours à bons escients.
Croissance Externe
Bien que cela soit facile a dire, il faut croire en ses idées et pas seulement aux idées des autres et ne pas tomber dans la facilité en cédant au sirène du rachat de sociétés. Car en effet, bien que des stratégies de croissances externes puissent être bonnes, toutes ne le sont pas. Prenons un exemple :
La société Hi Media, régie publicitaire à la base, connaît aujourd’hui une forte croissance externe avec le rachat de :
- AlloPass (Groupe Eurovox) : 28,5 millions d’euros de CA en 2005, racheté pour 18,5 millions d’euros.
- JeuxVideos.com : 3,2 millions d’euros de CA, racheté pour 22,8 millions d’euros ! Après cet achat la société a créé son activité publishing.
- ActuStar.com, Feminup.com, Psychonet.fr : achetés pour renforcer son d’activité d’éditeurs et son positionnement auprès des femmes
Ses achats consécutifs montrent la volonté du groupe de se diversifier en 3 pôles : régie publicitaire son métier d’origine, la monétisation avec AlloPass, le publishing avec la cascade des sites rachetés.
Cette stratégie montre que certaines sociétés spécialisées ne souhaitent plus avoir tous les œufs dans le même panier. Mais encore faut-il les mettre dans le bon panier !
En effet regardons de plus près le tout dernier achat de Hi Media: Pyschonet.fr a été acquis pour un montant de 200 000 euros, assorti d'un complément de prix indexé sur les revenus 2007 et 2008 or Milena SARL, société éditrice du site, a réalisé un résultat net de 10 400 € en 2005 ! Ce rachat est donc étonnant et il rentre plus dans une catégorie « achat d’une image auprès d’annonceurs » que dans la catégorie « rachat pour faire progresser mon activité ».
Cet optique peut être une bonne chose pour Hi Media qui doit redoubler d’efforts pour séduire ses annonceurs avec l’arrivée de nouveaux concurrents sur le marché de la pub mais aussi avec la perte de support comme www.societe.com racheté par un concurrent !
Ensuite on peut se poser par contre la question : si Hi Media n’aurait pas pu faire un peu de croissance interne, et développer un site « maison », car fort de son activité média il aurait pu rapidement attiré du monde sur le site et prendre le leadership. Au lieu de ça, la société a préféré prendre un raccourci. Le temps nous dira si cette stratégie a été payante ou pas.
Par contre la concentration des métiers que connaît, Hi Media, risque d’en faire la prochaine cible d’un groupe américain, car aujourd’hui elle leur permettrait de rentrer sur plusieurs marchés à la fois avec un seul achat. Espérons que ces dirigeants résisteront à la tentation, à moins que cela soit l’objectif de cette concentration ?
Conclusion : croyez en vos projets !
Racheter ou être racheter, telle est la question du moment !
Moi je dis : non ! Ne descendons pas notre niveau d’entreprenariat à ces 2 seules idées : Imaginons, créons, anticipons, aimons notre métier et alors on aura une chance de réussir à s’imposer en leader dans nos métiers respectifs, car quoi de plus beau que de faire un métier qu’on aime et qui nous passionne. Retroussons nous les manches et finissons ce que nous avons commencé.
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